CHRONIQUES

TRIBUNE DU VENDREDI N°98 : LA QUÊTE DU SAVOIR

today23 septembre 2022 69 1

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Un devoir en Islam

Allah a créé l’homme en le dotant d’une forme d’intelligence supérieure par rapport aux autres individus du règne animal. Cette intelligence supérieure a pour vocation de se développer au fur et à mesure grâce à la faculté de l’homme à acquérir du savoir. Par ailleurs, la quête du savoir occupe une place essentielle dans l’enseignement islamique.

D’ailleurs, le premier verset du livre saint révélé au prophète lui ordonnait de s’ouvrir au savoir : « iqra !» ; ce qui signifie : « Lis, [au nom de ton Seigneur qui a créé, qui a créé l’homme d’une adhérence. Lis! Ton Seigneur est le Très Noble, qui a enseigné par la plume (le calame), a enseigné à l’homme ce qu’il ne savait pas].» (Sourate 96, verset 1). S’il en est ainsi, c’est parce qu’accéder au savoir doit précéder toute forme d’adoration vouée à Allah. À ce propos, Allah Lui-même recommandait de Le connaitre d’abord avant de L’adorer. En effet, comment L’adorer sans Le connaître vraiment, sans connaitre Sa nature, Ses attributs, et sans connaître Sa Loi (Son ordre et Ses interdits), etc. ? c’est pourquoi, Allah envoya, d’abord, plusieurs fois la Révélation à Son messager Seydina Mouhamad (asws) afin de l’instruire de Son Savoir avant de lui donner les bases du rite islamique et lui formuler l’injonction relative à la prière canonique. L’ignorance et l’obscurantisme n’ont point leur place en l’Islam et la foi ne s’opposent guère à la raison en l’Islam. Le croyant a l’obligation de mieux connaître son Seigneur ainsi que les bases du culte qui lui est destiné tel que Lui-même l’a précisé dans Son Livre. C’est pourquoi le croyant qui a acquis la connaissance ne peut pas être l’égal de celui qui n’en a pas comme le montre ce verset du Coran :

{ يَرْفَعِ اللَّهُ الَّذِينَ آمَنُوا مِنْكُمْ وَالَّذِينَ أُوتُوا الْعِلْمَ دَرَجَاتٍ }

« Allah élève en degré ceux d’entre vous qui ont cru et qui ont acquis la connaissance (des degrés) » [Sourat Al-Moujadalah / V 11]

Et Ibn Abbas rajoutait même : « les savants ont cent degrés au-dessus des croyants, entre chaque degré cent ans de marche ».

Pour montrer l’importance des savants Allah ordonnait : « Dis : « Sont-ils égaux, ceux qui savent et ceux qui ne savent pas ?» Seuls les doués d’intelligence se rappellent. » (Coran, 39 : 9).

Dans la sunna le messager disait :

طلب العلم فريضة على كل مسلم

« La quête du savoir est un devoir pour tout musulmans (hommes comme femmes)». À ce propos Seyda Aicha la sainte épouse du prophète avait même sa propre école pour enseigner aux femmes et était parmi les plus grands spécialistes du hadith et de l’exégèse du Coran à son époque.

Globalement, le musulman doit connaitre l’enseignement issu du saint Coran à savoir la Charia (droit musulman. Il doit maitriser les différentes pratiques religieuses. Il doit assimiler les règles relatives au rite notamment en ce qui concerne l’ablution (mineure comme majeure), ainsi que la prière, le jeûne du mois de ramadan, la zakat, le pèlerinage (cf série de tribunes du vendredi intitulée : UNE PETITE INTRODUCTION À L’ÉTUDE DU FIQH OU JURISPRUDENCE ISLAMIQUE SUIVANT LE RITE MALIKITE). Connaitre ces règles lui permettra aussi de pouvoir classer ses actes suivant les cinq statuts légaux définis par le fiqh à savoir : les actes obligatoires ou « fardh » (« lu war » en wolof), les actes illicites ou « harâm », les actes recommandés ou « mustahab » ou encore « mandûb » (« lu nu soppa »), les actes déconseillés ou « makrûh » (« lu nu sip ») et les actes licites ou « mubâh » (« lu dagan »). Connaitre tout cela lui permettra de pouvoir réparer ou corriger ses pratiques en cas d’erreur (omission ou rajout). Le croyant doit en outre connaitre l’enseignement islamique traitant des questions de la répartition de l’héritage, du mariage, du divorce, du veuvage, etc.

Pour montrer l’importance de la quête du savoir, le saint-maitre Seydina Limamou Lahi (asws) avait donné l’exemple en envoyant son fils ainé Seydina Issa Rohoulahi au « daara » populaire du célèbre Tafsir Ndiaga Gueye de Ndénatte. Quand Tafsir Ndiaga lui ramena son fils en lui expliquant qu’il ne pouvait rien lui enseigner, Seydina Limamou (asws) avait insisté :

« Vas apprendre ! Car celui qui est appelé à présider aux destinées de l’Islam doit s’instruire ! ». Plus tard il envoya son deuxième fils Seydina Mandione loin de sa terre natale à Saint-Louis puis en Mauritanie quelques années plus tard. Il s’y ajoute que le saint-maitre accordait beaucoup d’importance aux érudits. À titre d’exemple, seuls les érudits disposaient du droit de porter un manteau à l’occasion des grandes prières d’EID au lieu saint de Diamalaye. Et à cette occasion, le premier rang derrière l’Imam leur était exclusivement réservé.

Toutefois, la quête du savoir ne saurait se limiter seulement à l’enseignement religieux et aux différentes branches qui en découlent notamment à la Charia même si cette dernière est la meilleure des connaissances est en ce sens qu’elle permet au croyant de mieux connaitre Allah, son maitre ainsi Sa Loi (le Coran).  En effet, l’injonction relative à la quête du savoir englobe toute forme de connaissances nécessaires et utiles à la vie du croyant. Au cours de l’histoire, les savants musulmans ont été à l’origine de grandes découvertes dans plusieurs domaines du savoir scientifique notamment en astronomie, en géographie, en médecine, en mathématiques, en géologie, en chimie, en physique et en histoire. À ce propos, on peut citer les exemples de :

– Ibn Sina, connu en Occident sous le de Avicenne (980 – 1037) : il fut médecin et philosophe dont les travaux en médecine influencèrent largement la médecine occidentale ;

– Al-Khwârizmî (780 – 850) qui fut à la fois mathématicien, historien, géographe, astronome et considéré comme étant « le père de l’algèbre » ;

– Ibn Khaldoun (1332 – 1406) qui fut historien, économiste, géographe, démographe et considéré comme le précurseur de la sociologie et de la démographie modernes.

Quand plus tard Seydina Issa Rohoulahi accéda au califat en tant que 1er Khalif des Ahloulahi en 1909, il avait accepté qu’une école française soit implantée sur la terre sainte de Cambérène, à une époque où quasiment aucun guide musulman n’était d’accord avec ce type d’enseignement. Ce Khalif très conscient des enjeux de son époque avait d’ailleurs inscrit des membres de sa familles à cette école française pour encore montrer l’exemple. Plus tard, sous le califat de son frère et successeur Seydina Mandione Lahi, premier membre de la famille à quitter les frontières du pays à la quête du savoir (allant jusqu’en Mauritanie), les premières vagues de jeunes étudiants de la communauté ont commencé à intégrer les universités étrangères pour augmenter leur savoir. Certains intégrant l’Institut Kharawiyine au Maroc, à l’image de l’Imam El Mouhamadou Sakhir Gaye et de Chérif Ousseynou Lahi fils de Seydina Issa Rohoulahi (as) et plus tard Seydina Issa Lahi Thiaw (fils ainé de Serigne Ablaye), titulaire d’une maitrise. Concernant El Hadji Sakhir il avait, à l’époque, déjà atteint un âge avancé et avait acquis l’essentiel du savoir religieux connu, mais en assoiffé de savoir, il décida quand même de s’exiler volontairement pour augmenter ses connaissances. D’autres étudiants de la communauté après un passage au Maroc ont rallié les universités françaises dans cette noble quête du savoir. Parmi eux, l’actuel Khalif Seydina Mouhamadou Makhtar Lahi fils de Seydina Mandione Lahi. Ses neveux Libasse Ndoye fils de Sokhna Aitassène Thiaw (fille ainée de Seydina Mandione) et Tafsir Ndické Wade fils de Sokhna Manatoulaye Sény (fille ainée de Seydina Issa Rohoulahi) partis en France y ont décroché des diplômes d’ingénieurs en Physique-Chimie.

Plus tard sous le califat Baye Seydi Thiaw Lahi, un plus grand nombre de membres de la famille du saint-maitre ont intégré les plus prestigieuses universités du monde arabe (Kharawiyine au Maroc, Institut Al Azhar au Caire, Université du Koweit, etc.) et françaises (notamment la Sorbonne). Parmi eux les exemples du porte-parole de la communauté Seydi Mouhamadou Lamine (Maroc), de ses jeunes frères l’imam Seydi Mame Libasse Lahi (Koweit) et l’imam Seydi Mouhamadou Makhtar Lahi (Caire) peuvent être donnés. Et la liste est loin d’être exhaustive dans la mesure où Chérif Dial Lahi Thiaw (fils de Seydina Mame Alassane), Seydina Mandione Lahi Thiaw (fils de Serigne Ablaye), et plusieurs de leurs jeunes frères et neveux ont été à l’étranger dans les pays cités plus haut à la quête du savoir. D’autres encore n’ont pas trouvé nécessaire de quitter ce pays, mais ont fourni des efforts colossaux dans l’acquisition du savoir à tel point qu’aujourd’hui ils font partie des plus grands érudits de ce pays. Parmi eux nous pouvons citer l’exemple du « Général » Baye Ndjine Thiaw qui hérita de l’amphithéâtre des « jangui fédération » jadis tenu par l’érudit pluridisciplinaire Serigne Ablaye.

Malheureusement, aujourd’hui, notre société semble accorder une importance moindre à la quête du savoir, préférant perdre un temps précieux à promouvoir les activités ludiques, le folklore et les futilités. Cela a fait naitre un culte involontaire de la médiocrité qui s’est traduit par une augmentation de l’ignorance de plus en plus effarante et la montée des faits divers dans ce pays.

Par Chérif Alassane Lahi Diop « Sibt Sâhibou Zamâne »,

Analyste politique et économique,

Expert en Commerce et Management des Affaires Internationales,

Secrétaire Général de Vision 129.

 

Écrit par: soodaan3

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