Depuis que le saint homme du Kajoor, Serigne Mamour Diakhaté lui a révélé sa véritable mission – faire connaitre au monde Seydina Limamou Lahi Al Mahdi – El Hadji Mamadou Lahi Ndir a mis sa vie, son potentiel et ses talents poétiques au service du saint-maitre (asws). C’est ainsi qu’il va entretenir une production poétique pendant plus d’un demi-siècle au cours de laquelle il va utiliser sa plume pour informer et éclairer sur la mission du Maitre des Ahloulahi tout en lançant une croisade contre les détracteurs. A titre d’exemple dans le poème « Wuyusi leen Njiin ca wooté bi », il disait :
- Maa yërëm gaaya weddi Njiin
- Dem dëkkoo suufas Jàmma Laay
- Kaste seen xol ya ngir kañaan
- Ñooñu du ñu am ridwaana Laay
Or, à une certaine époque identifiée durant le califat du Maitre de son Temps El Hadji Seydina Issa Lahi communément appelé ‘’Baye Seydi Thiaw Lahi Sangoup Jamono’’, il vivait à Rufisque un ‘’Jibar’’ (charlatan) réputé pour sa connaissance du ‘’zulmâniyu’’ et très hostile à la doctrine Ahloulahi. Il passait tout son temps à s’attaquer à la communauté Ahloulahi et à son fondateur. Ne pouvant plus accepter cela, El Hadj Mamadou Lahi s’arma de sa plume redoutable et très acerbe envers les ‘’wày weddi’’. C’est ainsi qu’il va composer cette satire dont voici quelques vers :
- Koon jibar-Tëngééj bi taxaw weddi Seydi Baay Laay
- Jinnée ki rab di ko jay tax mu weddi Baay Laay
- Seytaane bon na, da lay jay ba sóób la cik daay
- Seeytaane jay na kudul yow ba sóób ka cik daay
- Yow amoo, manoo, xamuloo jók di weddi Baay Laay
- Soo daytalul ci sa wax, tooñ nga gaynde cik mbooy
- Sa tur wi daa juuyook saw melook sa ñaawtéef
- Ngir di xas ku baax, di ko weddee ka ŋàññ diineem
- Lii dëppoowul ak lislaam, ndànk yaa ngi cik daay
- Yow jibar nga donna ci say maam manoo Alxuraan
- Reenak sunguf di sa baax, yow nga woote lislaam
- Jók di ŋàññ kër Baay Laay, tooñ nga gaynde cik mbooy
- Maam Limaamu Laay aki domam ku leen di def maas,
- Yow da nga gëlëm tey xamxamlu, réer cik lëndëm
- Cey, li gaaw ci gindi la, mooy nga daw ba daanu cik daay
Toutefois quand le célèbre charlatan négateur eut connaissance de cette attaque, il se senti humilié. Fou de rage, il mobilisa ses fétiches et jeta un sort à El Hadj Mamadou Lahi Ndir. Allah décida d’utiliser cette occasion pour éprouver l’endurance du brave poète, sa foi dans le saint-maitre et laissa faire. D’ailleurs dans le Coran, Allah nous interrogeait à travers cette question rhétorique mentionnée dans le verset 2 de la sourate 29 « Est-ce que les gens pensent qu’on les laissera dire : ‘’Nous croyons !’’ sans les éprouver ? ». Ainsi donc, El Hadj Mamadou Lahi Ndir fut atteint mystiquement. Il consulta pas moins de trois guérisseurs qui venaient régulièrement chez son maitre SERIGNE Ablaye. Mais le diagnostic était toujours le même et sans appel : il ne guérirait pas de ce mal qui l’avait atteint et en mourrait cette année-même. Cela ne le fit pas fléchir ! Au contraire, il avait accepté l’épreuve, s’arma de patience et sa foi dans le saint-maitre resta intacte sinon encore plus renforcée ! aussi, quand le dernier guérisseur qu’il avait consulté lui a suggéré de donner beaucoup d’eau en aumône au quotidien, Mamadou Lahi Ndir qui avait déjà accepté l’inévitable avait répondu ceci : « Comme malgré tout je vais mourir, je ne vais pas me fatiguer à donner de l’eau en aumône. Je préfère attendre que mon heure arrive !». À l’époque, El Hadji Mamadou Lahi Ndir était employé au port de Dakar comme mentionné dans le premier numéro de cette série de tribunes en hommage à son immense œuvre au service de Borom Jamalaay.
Or, un beau matin, Khalif de l’époque à savoir Baye Seydi Thiaw Lahi envoya son neveu Dial Thiaw Lahi fils de Seydina Mame Alassane Lahi (quatrième Khalif) pour aller trouver Mamadou Lahi Ndir et lui demander de venir lui répondre à Yoff. Quand il rejoignit le Khalif dans a résidence, il l’interrogea : Mamadu xanaa xamuloo ni dangaa wara dèè renn ? (Mamadou ne sais-tu pas que tu dois mourir cette année ?). Ce à quoi le célèbre poème avait répondu : « Ñetti Seriñ dé wax nan mako ba ken ki sax digal ma may saraxém ndox bes bu set. Waayé kom dama wara déé rek dumafi nekk di saraxem ndox, (Trois marabouts me l’ont déjà confirmé et l’un d’eux m’a même demandé de donner de l’eau en aumône mais comme je vais quand même mourir, je ne vais pas me fatiguer à suivre cette recommandation), Le Khalif-maitre de son Temps dont la proximité avec le Créateur était reconnu de tous l’avait alors rassuré en ces termes : « Doo dèè ! Yaw dangay gudda fan ! dangaa bok ci wérékaani Sëynaa Limaamu yi nga xamni dañoo wara làyàl ak yonentaam ci xèèt wi » (Tu ne mourras pas ! Toi, tu vivras longtemps car tu fais partie des espoirs de Seydina Limamou Lahi qui doivent défendre sa mission prophétique), lui avait dit Baye Seydi Thiaw Lahi. Il sortit de l’argent de sa poche et lui demanda d’aller au marché Tilène pour acheter quelques produits et ingrédients (utilisés dans la médecine traditionnelle). Une fois que tous les produits et ingrédients lui ont été apportés, Baye Seydi Thiaw qui soutenait avoir acquis ses dons thérapeutiques de son grand-père maternel Mame Samba Cisse, les utilisa avec ses propres produits qu’il avait déjà préparés avant de lui donner le mélange final obtenu. Il lui demanda de retourne à Malika et de se retirer dans la forêt, loin des regards pour utiliser le mélange. Il lui donna tout un ensemble d’instructions à suivre. Ainsi, il devait emmener avec lui un fourneau avec des braises ardentes et un deuxième boubou à la forêt. Ensuite, une fois loin des regards, il devait mettre le mélange que le Khalif lui avait donné dans le fourneau et s’exposer à la fumée pendant un temps. Le Khalif l’avait aussi prévenu en ces termes : « Une fois que tu inhaleras la fumée, tu tomberas aussitôt en syncope. Après avoir repris tes sens, sépare-toi des habits que tu portes, et enfile l’autre boubou que tu avais apporté avec toi ».
Baye Mamadou Lahi avait choisi d’aller dans la forêt qui se trouvait derrière la maison de Serigne Ablaye à Malika (lieu très désert à l’époque) pour suivre à la lettre les instructions du troisième Khalif. Le mélange que Baye Seydi Thiaw lui avait donné était tellement puissant qu’au contact avec le feu il détruisait tout sur son passage (aussi bien les sors que toute autre magie bonne ou mauvaise). C’est pourquoi, il n’avait pas manqué de mettre en garde le disciple de son jeune frère (Serigne Ablaye) en ces termes : « Saxaar ci soril ko (ndax) fumu jigegn sax nga yaxxu ». C’est d’ailleurs la raison qui fait qu’il lui avait recommandé d’aller dans la forêt loin des autres afin de ne pas leur porter préjudice avec la fumée. C’est aussi pour cette raison qu’il ne devait plus porter les mêmes habits qu’il avait avec lui en venant ; il se devait s’en débarrasser en les enterrant après l’opération. En donnant ce traitement à El Hadji Mamadou Lahi Ndir, le Khalif à qui quasiment rien n’échappait avait fait cette prédiction : « (Une fois que tu auras suivi toutes les instructions que je viens de te donner,) Mon Seigneur te montrera en rêve comment le mauvais sort t’avait atteint et le ‘’jibar’’ à l’origine». Et tout se passa exactement comme l’avait annoncé celui que les initiés appellent communément « Sangoup Jamono », le Maitre de son temps. En effet, ce soir-là même, peu avant la prière du matin, Mamadou Lahi Ndir soutient avoir vu clairement en songe comme sur un écran l’identité de celui qui lui avait jeté ce puissant envoutement et la façon dont il s’y était pris. Il s’agissait bien évidemment du charlatan négateur de Rufisque. Après cela, il s’est senti plus léger comme soulagé d’un poids aussi lourd que le monde et il rendit grâce au Seigneur Tout-Puissant et Miséricordieux. Car il venait tout de même il venait de guérir d’un mal que les plus grands guérisseurs de l’époque considéraient, sur la base de leurs don de voyance, comme étant inguérissable. À la fin de ce mois, Baye Mamadou Lahi en bon ‘’Kajoorien’’ pétri des valeurs du ‘’ngor’’ et du ‘’jom’’, très reconnaissant, décida, après avoir reçu son salaire au port de Dakar, de le restituer intégralement à son bienfaiteur et sauveur (Baye Seydi Thiaw Lahi ). Mais le père de Sokhna Sadio Lahi Thiaw, dans sa grande bienveillance de Khalif doublé de maitre de son époque après l’avoir interrogé sur un ton taquin – « Danga may xor ? Yaw daal xamoo… » lui avait-il dit – refusa d’en toucher un seul centime. Il lui rappela qu’il faisait partie du troupeau qu’on lui avait confié (les hommes de son époque) et à ce titre il n’avait fait que remplir sa tâche. En effet, Baye Seydi Thiaw se disait au plus profond de lui que Mamadou Lahi Ndir comme tant d’autres (notamment les chanteurs religieux, les prédicateurs de la communauté et globalement tous les fidèles), étaient sous son service (le service de la communauté dont il était le gardien). À la place, Baye Seydi Thiaw avait encore fait parler sa générosité légendaire en offrant à Baye Mamadou Lahi une somme d’argent encore plus importante, avant d’ajouter ceci : « Yaw danga fèè wara yagg ngir di làyàl diiné ji » (Tu dois vivre longtemps pour continuer à défendre la communauté). Un homme hors du commun ; le guide religieux par excellence, était ce fils de Seydina Mandione.
En chemin il acheta un cahier et un stylo et se dirigea au lieu saint de Ndingueuleu. Une fois sur les lieux il s’installa sous le célèbre baobab et composa un poème avec comme premiers vers ceux que nous avons cités au début du post et que l’on pourrait traduire par :
- Ku la waayoo nga mat ko waay
- Ku la seddoo nga doy ko mbër
- Tukkaloo yoon wu ndaanda lay wané ndam
- Sanga bi doy nga nu
Tu es le meilleur allié pour quiconque s’est lié d’amitié avec toi
Tu suffis comme meilleur gardien à quiconque t’a choisi
C’est lors d’un voyage éprouvant que l’on reconnaît la vraie valeur d’un dromadaire (tukkal).
Et dans ce poème il chercha à mettre en exergue le statut de « Secours ou de Recours Suprême » – à travers qui la grâce divine descend sur les Gens de son Époque (Ghawthul Wujûdi) – et que revêtait Baye Seydi Thiaw en son Temps :
- Yaa « Xawsul Wujuudi » doomi Manjoon, Seydinaa Isaa
- Yaay làmpup ngënël gi yaa di kamaal
- Mbër ga doy nga nu.
Il montra aussi combien ce 3e Khalif du meilleur des hommes était au-dessus des créatures de son siècle en tant que Khalif doublé de maître de son Temps :
- Zuu Noreyni yaay boroomi meteel
- Ñaari kaalaya, leeruk dembë gaag gu tay nga yanu
- Sanga bi doy nga nu
Pour dire que Baye Seydi Thiaw Lahi, l’homme aux deux lumières (parlant des 2 missions de Seydina Limamou dont ce 3e Khalif a hérité : une 1ère en Arabie en tant que Seydina Mouhamad et une 2e en tant qu’Imam Mahdi), a plusieurs grades, en citant l’exemple des 2 turbans blanc et noir qui confirment qu’il est bien l’héritier des deux missions.
Il renchérit :
- Buur Yàllaa la yekki yaa nga sa kaw
- Saytu sap kureel
- Say nawlee nga ca suuf di seenu ngir
- Loolu bir na nu
Pour rajouter que c’est Allah L’Omnipotent qui a élevé Baye Seydi Thiaw Lahi au-dessus des créatures de son époque, veillant sur sa communauté (les Ahloulahi) et que ses contemporains sont largement en dessous de sa position en observant son œuvre.
Il insista sur la mission de « Mujaddid » (Rénovateur de l’Islam) dont Allah a gratifié Baye Seydi Thiaw en lui confiant le 15 siècle de l’hégire :
- Buur Yàllaa la yekki jox la meteeluk Limaamu Lahi
- Ni la jiiteel ma xarnu bi ba mu teer
- Loolu bir na nu
[C’est Allah qui t’a choisi (élevé) en te confiant la mission universelle du saint-maitre (asws) et qui t’a chargé de gérer les affaires de ce (15e) siècle de l’hégire jusqu’à son terme.]
Toujours dans ce poème Mouhamadou Lahi Ndir montra combien Baye Seydi Thiaw fut stratégique et efficace en tant que plénipotentiaire de son grand-père chargé de renouveler son message prophétique :
- Ceeneeruk Limaamu taaluna, leeram ya jollina
- Sët Baay Seydinaa Isaa ma ka mengoo te doyna nu
- Yaa siiwël ngirum Limaamu ba wooteem ba dektu n’a
- Appel baa ko wane mbindeef ya ñu gis
- Loolu bir na nu.
[C’est toi qui a fait connaître la mission universelle du saint-maitre, transmettant par la même occasion son message prophétique. C’est à travers la célébration de l’anniversaire de l’Appel (en juin 1981 au centenaire) que les gens ont enfin compris].
Par la grâce de Dieu El Hadji Mamadou Lahi Ndir a vécu encore plus de quarante ans après avant de rejoindre son Créateur à l’âge de 82 ans.
Al Hamdoulilah Rabbil Anlamîna qu’Allah agrée son oeuvre et lui accorder son paradis par la grace de son maître Serigne Ablaye ibn Seydina Issa Rohoulahi (as).
Par Chérif Alassane Lahi Diop « Sibt Sâhibou Zamâne »,
Analyste politique et économique,
Expert en Commerce et Management des Affaires Internationales,
Secrétaire Général de Vision 129.