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BAYE SEYDI THIAW LAHI SUR LES 364 HA OFFERTS A L'ETAT DU SENEGAL Baye Seydi Thiaw LAHI
Cette année 1448 de l’hégire marque le quarantième anniversaire du rappel à Dieu du « Gardien de l’Héritage du saint-maitre Seydina Limamou Lahi Al Mahdi (asws) », le troisième Khalif des Ahloulahi, El Hadji Seydina Issa Lahi ibn Seydina Mandione.
Ce fut, en effet dans la nuit du 19 au 20 safar de l’an 1408 de l’hégire (13 octobre 1987) que le Khalif-Maitre de son Temps s’est éteint à Yoff à l’âge de 73 ans après 16 ans de califat. Fils du deuxième Khalif Seydina Mandione Lahi ibn Seydina Limamou Lahi et de Sokhna Aissatou Lahi Cisse, El Hadji Seydina Issa Lahi est né à Rufisque (banlieue de Dakar) en 1914.
Dans le cadre de la commémoration du quarantenaire de sa disparition, je continue de m’interroger pour déterminer le meilleur hommage à faire à ce grand Khalif qui, avec ses jeunes frères et successeurs dont Seydina Mame Alassane Lahi et Serigne Ablaye ont écrit les plus belles pages de l’histoire de la communauté Ahloulahi. Or dans le passé, j’ai déjà eu à retracer sa vie et son œuvre dans plusieurs de mes textes et tribunes (notamment sa naissance prodigieuse, son enfance, sa formation, ses voyages professionnels, son accession au califat, initiation de la commémoration de l’Appel, cession des Parcelles Assainies, initiation des mariages collectifs, réalisations diverses, etc.).
C’est pourquoi, pour cette fois, j’ai finalement choisi de revisiter un pan de sa grande sagesse qui, en plus de montrer son sens responsable du leadership, a laissé sur les pages de la philosophie morale et religieuse une tache à jamais indélébile.
***
Tout comme son père Seydina Amar Mandione Lahi (deuxième Khalif), El Hadji Seydina Issa Lahi fut un Hakim (sage) qui a alerté, préparé, sensibilisé et enseigné à tous ceux qui ont eu à le côtoyer la manière de vivre à notre époque (la Fin de Temps) à travers des paroles de sagesse d’une pertinence époustouflante. C’est ainsi qu’en tant qu’observateur averti et témoin de notre temps il a aidé plusieurs leaders de son époque (détenteurs du pouvoir temporel comme ceux du spirituel) et même des époques suivantes avec des conseils très avisés qui, une fois qu’ils ont été suivis, leur ont permis de marquer l’histoire de manière assez remarquable.
A ce propos, à l’occasion du 102e anniversaire de l’Appel de Seydina Limamou Lahi (asws) en 1983, celui qui est communément appelé Baye Seydi Thiaw Lahi ‘’Sangoup Jamono’’ avait chargé le chef de la délégation représentant l’État du Sénégal de porter un message de haute portée au Président de la République d’alors, SEM Abdou Diouf. « Boo deme waxal Abdu Juuf ni ko li baax matul kër ; li bon matul kër. Da ngay jël li baax ak li bon boole ka sooga am kër. Waaye boonee kër gi lu baax rek laa kay yoré doo dem, il faut lu bon dugga ci. Soonee lu bon laa kay yoré doo dem ! il faut lu baax dugga ci. Te Kër kat dëkk bu amulee ap sën kenn du ca dugga. Kiy def lu baax ki kay wax lu bon mooy sën bi ». Ces propos riches en enseignement peuvent être traduits littéralement comme suit : « À ton retour, dit à Abdou Diouf que le bon ne suffit pas à fonder un foyer ; le mal non plus. Il faut prendre le bon et le mal et les réunir pour avoir un foyer. Si tu décides de n’accepter que le bien dans ton foyer, cela ne marchera pas ; il faut accepter aussi le mal. (De la même manière) si tu décider de gouverner ton foyer avec le mal, cela ne marchera pas non plus ; il faudra laisser entrer le bien. Saches que qu’un foyer, c’est comme une localité : quand dans une localité il n’y a pas de dépotoir d’ordure, personne ne pourra y entrer (n.d.l.r sans doute à cause de l’odeur). Celui qui fait le bien a pour dépotoir d’ordure celui qui dit du mal de lui ».
Dans ce même sillage, Serigne Babacar Sy Mouhamadoul Mansour (Khalif général des Tidjanes) a rapporté un conseil très précieux du même genre dans deux circonstances différentes qu’il a aussi recueilli des années avant son accession au califat auprès du troisième Khalif des Layènes, El Hadji Seydina Issa Lahi ibn Seydina Mandione. Il l’avait déjà raconté une première fois en septembre 2017 dans une vidéo que nous détenons quand la délégation de la communauté Ahloulahi est allée à Tivaouane pour lui présenter les condoléances à la suite du rappel à Dieu de Serigne Abdoul Aziz Sy Al Amine consacrant par la même occasion son accession au califat de la khadra malikite.
Il avait alors rapporté mot pour mot à Seydina Lahi (coordinateur de la commémoration de l’Appel et chef de la délégation) : « Fatabârakal-Lâhu ! dama gnëw Yoof mani Imaam Caw (Baay ilimaan Caw), dama bëgg dem Laayen ndax ku nekk yaagi yëngël té fu yëngu funé xel a ngafa, ma bëggoon fa dem. Bima deme ma fekk fa Sëydinaa Isaa Laay, boobu moo nekk Xalifa. Bima deme ma waxtaan ak moom waxtaan ak moom. Waxtaan wa yagga lool. Ma ni ka man dé dama am laac bumay laac bàlà may taggoo. Mu ni ma « anh ». Ma ni ko : ku amé njaboot amé kër, noy def ba kër ga baax. Mu ne ma « doom yomba na, mané waaw, munima : ‘’Su fekke né lu baax bari nafa, wutil lu bon ca biti indi dugal fa. Boole leen boot té bul xam koo boot. Bu fa lu bon baree wutil lu baax ci biti dugal fa, boot te bul xam ki nga boot. Te loolu mooy équilibre. Mooy ‘’tawaazilul adnaan’’ Fook lu baax am lu bon am. Yàalla bëggul dara lu bon waaye mooko fi baayi. Bu ka neexoon mu juggé fi. Du dëgg ? Ki fi andi lu bon di iblis ci ‘’serviisu’’ Yàlla la nekkoon, ba mu giséé bopam lako Yàlla sanni waayé manon nako faat ci saas yi. Fila ko bayi, filako baayi. Leegui nak mu bayikook nit gni muy sugnu musiba bu rëy dinu fitnaal rek. Li yëp moko jaxase, adina yëp moko jaxasé… ».
Une tentative de traduction de ces précédents propos pourrait donner ceci :
« Je suis (une fois) venu à Yoff et j’ai fait part à Imam Thiaw (l’imam ratib feu Baye Ilimane Thiaw) d’une intention que j’avais nourrie à savoir aller à Layène comme la sagesse était présente partout (dans les foyers religieux). Quand je suis arrivé, j’ai rencontré Seydina Issa Lahi qui, alors, était le Khalif. Nous avions passé un temps assez long pour discuter et échanger tous les deux. Ensuite, je lui ai fait part de ma volonté de lui poser une question avant de le quitter. Il me répondit « Ah oui ? » (une façon de l’inviter à poser la question). Je lui ai alors dit : ‘’comment un père de famille, un chef de foyer doit-il faire pour réussir sa mission ?’’. Il m’a répondu ‘’La réponse est facile, mon fils ! Si le bien s’y trouve en très grande quantité, vas dehors chercher son contraire et ramène-le à l’intérieur. Et réunis-les à l’intérieur en s’occupant des deux sans chercher à les différencier (au point de délaisser l’un ou l’autre). Si (par contre dans le foyer) c’est le mal qui s’y trouve en grande quantité, vas dehors chercher le bien pour l’introduire. Et réunis-les aussi à l’intérieur en s’occupant des deux sans chercher à les différencier (au point de délaisser l’un ou l’autre)’’. »
Et le Khalif des Tidjanes de commenter les propos si singulier mais pleins de sagesse du troisième Khalif des Ahloulahi pour aider son auditoire à mieux appréhender leur sens en ces termes : « Et c’est cela l’équilibre !». Il développa encore pour les édifier sur cette grande sagesse : « Il s’agit de ‘’tawâzilul adnâne’’ (rétablir l’équilibre) : il faut que le bien et le mal coexistent en même temps. Dieu n’aime pas du tout le mal mais c’est Lui qui l’a laissé là. S’Il avait voulu il n’aurait pas existé ; n’est-ce pas ? Celui qui a apporté le mal à savoir Iblis, il était au service de Dieu. C’est quand il s’est enorgueilli qu’Allah l’a chassé. Il aurait pu le tuer sur le champ. (Mais) Il l’a laissé là ! (il répéta cela à deux reprise). Maintenant Il l’a laissé avec les hommes et il est notre plus grand fléau qui nous persécute (en tout temps). C’est lui (Iblis) qui créé tout ce désordre sur terre…».
La seconde fois où l’actuel Khalif de Tivaouane a rappelé ce témoignage sur la sagesse du troisième Khalif des Ahloulahi fut lors de sa visite historique à Cambérène chez Seydina Lahi (cette fois-ci) à l’occasion du décès de son père Seydina El Hadji Abdoulaye Thiaw (5ème Khalif). Dans sa narration, Serigne Mbaye Sy Mansour comme il est affectueusement appelé, sous le poids de l’âge, s’est appuyé sur son neveu Serigne Habib Sy ibn Serigne Mansour Sy (défunt Khalif de Tivaouane) pour rapporter de manière plus audible son témoignage. Il avait encore déclaré ceci après avoir insisté pour dire qu’il ne parlait pas de Seydina Issa Rohoulahi (premier Khalif) mais du second Seydina Issa (le troisième Khalif appelé Baye Seydi Thiaw) :
« Dama mësa gnëw Yoof ni damay agg ci moom dem seeti ko waxtaan ak moom. Ma ni ko man dé amnaa laac. Mu ni maa laac bi lan la ? Ma ni ko ku amé kër, nan ngay def ba kër ga baax ? Muni ma doom kooku matul laac : yëf yi yomb na. Bu fekke ni kër gi gnu baax rekka ka dëkké, geenal ci mbed mi foratu gnu bon dugal ci kër gi. Bu fekke gnu bon rek ko dëkké, geenal ci mbed mi foraatu gnu baax dugal ci kër gi. Boole leen ci gnoom gnaar. Loolu mooy ‘’tawazilul adnâne’’ mooy ‘’ekilibr’’. Mu ni ma nak su ka defé nak nga xamni yaa leen fi indi waayé moomuloo leen ! Seeenuk mbaax ak seenuk mbon Yàlla du weddi bopam ! wutil rek mbootu mu man a boot gnëp nga boot. Bul xam koo boot nak. Waayé xamal kila taxa boot, boka defé rek day mujjé baax ».
Les deux témoignages sont identiques sauf que cette fois-ci les termes utilisés sont plus explicites. Nous proposons de traduire ainsi la réponse de Baye Seydi Thiaw : « La réponse est facile : si la maison n’est habitée que par de bonnes gens, sors dans la rue et trouve des mauvaises pour les y introduire. Si (par contre) elle n’est habitée que par de mauvaises personnes, vas dehors et trouve des bonnes afin de les ramener dedans et réunis-les ensemble (fais-les cohabiter ensemble). C’est cela ‘’tawâzilul adnâne’’ (rétablir l’équilibre). Il avait encore ajouté ceci : une fois que c’est fait, saches qu’elles (les bonnes et mauvaises personnes) tu les as certes introduites chez toi, mais elles ne t’appartiennent pas ! Leurs bons ou mauvais caractères dépendent (uniquement) d’Allah (leur Créateur). Or, Allah ne se contredit pas ! Cherche plutôt un grand pagne (appelé mbootu en wolof et que les femmes utilisent pour porter leurs bébés à califourchon) qui pourra t’aider à les porter toutes (sur ton dos). Et ne cherche surtout pas à savoir (ou différencier) celles (bonnes ou mauvaises personnes) que tu portes. Mais rappelle toi juste Celui (à savoir Allah) pour qui tu t’occupes de tout (ce groupe de bonnes et de mauvaises personnes). Si tu agis de la sorte, tout rentrera à l’ordre (autrement dit, tu parviendras à obtenir l’équilibre et tout ira pour le mieux. »
(Dans la deuxième partie de cette tribune nous essaierons de commenter ces propos du troisième Khalif qui posent les jalons d’un leadership adapté à notre contexte).
À suivre…
Écrit par: soodaan3
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